L'Ecole de Nancy.

L'expression "Ecole de Nancy" désigna à l'origine un mouvement médical d'étude de la psychiatrie, très proche de la psychanalyse, créé autour des travaux des Dr Liebeault et Bernheim. Si ces travaux ont eu de grands retentissements dans le milieu médical, l'Ecole de Nancy représente de nos jours un mouvement artistique dont l'apogée peut se situer entre 1895 et 1905 et dont les principaux chefs de file se nomment Gallé, Daum, Majorelle, Prouvé.

L'Ecole de Nancy est surtout connue pour le travail de ses verriers (Gallé, Daum, Muller, Walter, Nicolas, Delatte), de ses ébénistes (Majorelle, Vallin) et artisans du vitrail (Grüber).

Une des particularités de l'Ecole de Nancy a été une certaine pluridisciplinarité de ses membres, qui souvent ont utilisé plusieurs techniques, et la diffusion de ses principes auprès de tous les arts décoratifs (verrerie, ébénisterie, architecture, vitrail, ferronnerie, travail du bronze, céramique, marqueterie, travail du cuir, reliure,...) ce qui a permis de construire des bâtisses harmonieuses et dont tous les éléments décoratifs étaient animés des mêmes principes.

Le contexte de l'époque.

A l'issue de la guerre de 1870 entre la France et l'Allemagne, l'Alsace et une partie de la Lorraine se trouvent annexées à l'Allemagne. Nancy, précédemment située au centre de la Lorraine se retrouve à 20 km de la frontière. On assiste alors à de vastes mouvements de population de Metz, Strasbourg vers Nancy.

En raison de cette émigration, de la révolution industrielle qui draine la population des campagnes vers les villes et de la position de ville frontière qui abrite une importante garnison, la population de Nancy passera de 49.000 habitants en 1856 à 103.000 en 1901. Cet afflux de population fera connaître à la ville une très forte évolution, le milieu économique s'enrichit et le niveau culturel s'élève.

De nombreuses industries fleurissent (textile, cuir, brasseries, mobilier, verreries, céramiques et industrie lourde). D'excellentes liaisons par canaux et chemin de fer favorisent ces implantations.

Cependant l'annexion de l'Alsace-Lorraine marque profondément l'époque ainsi que l'esprit de revanche. Cela se manifeste sur les objets par l'utilisation de certains symboles : croix de Lorraine (souvent brisée), référence à Jeanne d'Arc, chardon (symbole de Nancy).

Le centralisme français est mal supporté et son oppression tant politique que culturelle donne un sentiment d'étouffement ( précédemment la Lorraine était indépendante, l'annexion de la Lorraine à la France remonte à environ cent ans). Le contexte est donc favorable au développement d'idées neuves battant en brèche les idées de l'époque.

L'art à la fin du XIX° siècle.

La peinture découvre l'impressionnisme et le pointillisme. Cependant aucun lien ne s'établira entre la peinture et l'Art Nouveau.

L'architecture et les arts décoratifs sont en plein historicisme. Tout est faux, faux renaissance, faux XVII°. On use et abuse des ornements qui pastichent ces époques. Ceci provoquera un phénomène de rejet, l'Art Nouveau recherchera la vérité et la nature.

L'architecture.

Plusieurs traits marquent l'Art Nouveau : individualisme (l'Art Nouveau sera essentiellement centré sur la maison et son intérieur), un besoin de pittoresque, des références médiévales, naturalistes et à la culture japonaise.

L'architecture est aussi marquée par l'association quasi-systématique de diverses techniques artisanales (sculpture, ébénisterie, vitrail, ferronnerie, céramique)

Cette nouvelle forme d'architecture par sa volonté d'exprimer à l'extérieur l'usage des pièces (par des formes de fenêtres, par des décrochements de façade) a eu du mal à pouvoir s'intégrer dans l'urbanisme existant. D'autre part les formes irrégulières des constructions et leur usage individuel (villa) s'exprimaient au mieux lors d'une construction de maison isolée entourée d'un jardin ce qui, en raison de l'occupation du centre ville, fît que la plupart de ces constructions se firent en périphérie. Ceci posa deux types de difficultés au développement de cette architecture: d'une part les municipalités n'ayant aucun droit en matière d'urbanisme celui-ci était très hétérogène et en fort développement en raison de l'accroissement important de la population, d'autre part en raison de l'absence de transport et de difficultés d'accès à cette périphérie.

Une expérience de type "cité jardin" fût lancée en périphérie par Emile André et Henri Gutton, il s'agit du Parc de Saurupt dont le projet fût réduit à un quinzaine de maisons dont 5 furent du style de l'Ecole de Nancy.